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La Condition des soies

carré jaune Extrait

Tu sais ce que je fais après ?
Après je fourre ma gueule là où ça sent le plus, où l’étoffe a feutré. Là où ça a déteint.
Je soulève la manche.
Je la tiens bien écartée ouverte, en tendant le tissu entre mes deux mains.
J’y pose en douceur mes lèvres
je promène ma langue le long de la couture
je l’enfile à l’endroit où les points ont lâché
je la fais aller et venir jusqu’au moment où le tissu est trempé de salive, je le mordille, je le tète (comme ça au moins, je peux encore sentir le goût de sa transpiration)
je le mâche un peu, pas trop fort : mâcher la soie me met la chair de poule.
La soie, la soie surtout me fait grincer des dents : c’est comme si on mâchait du miel.

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carré jaune Sur

Les apparences sont, au commencement, qu’une voix s’élève et prend la parole. C’est une voix, toujours selon les apparences, inquiète. Elle interroge. Elle s’adresse à quelqu’un d’autre, à qui elle dit « vous ». Mais elle n’est pas forcément impérieuse : les quatre questions qu’elle pose (dont on dirait qu’elles scandent une sorte d’ouverture, au sens musical) :

Quand
Quand exactement
à quel instant précis
à quel moment avez-vous allumé

ces quatre questions, malgré leur allure un peu inquisitoriale, sont aussi bien hésitantes, comme le bégaiement d’une seule question qui trouverait mal à s’articuler, ou qui ne l’oserait pas, qui resterait (par crainte ? par pudeur ?) plus volontiers en suspens. Et qui serait pressante, sans doute, qui appellerait à répondre, mais presque sans le vouloir. Il y a là déjà, quelque chose de somnambulique. Philippe Lacoue-Labarthe "La Condition des Voix"

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carré jaune Critiques
espace blancespace blanc

D’un récit d’expédition dans la longue nuit polaire illuminée d’aurores boréales où quelque Petit Poucet se perd dans l’immensité glacée, à l’étonnante scène d’amour des étoffes, on reste fasciné par cette écriture qui doucement dérive et dérape, épouse les tours et détours de la mémoire, remonte dans ses ruptures et éclats vers une impossible scène primitive toujours brouillée et déplacée. Tout un savoir encyclopédique savamment détourné et perverti est mis en jeu et en scène et les mini-fictions prolifèrent, se réfléchissent, se renvoient à l’infini, sans pouvoir être prises complètement au piège d’une histoire. Porté par la grâce, ce court récit concis et dense navigue à l’essentiel. Eugène Durif « Le Progrès de Lyon » 1982

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carré jaune Écoutez voir > théâtre / lecture / radio / extractions...

• Éditions de Minuit, 1982
• Bazar Éditions, 2013 (Les Jockeys camouflés, direction Liliane Giraudon)
• Les Solitaires Intempestifs, 2016 (avec un texte inédit de Ph. Lacoue-Labarthe)
 

 

Couverture du livre d'Annie Zadek "La condition des soies"

Mise à jour le 22.05.2018 © 2017 Juliette Gourlat
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