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Écoutez voir... Nécessaire et urgent



carré jaune Lecture, performance

Lecture par Annie Zadek sur projection de diapositives d'Arno Gisinger, 2013-2014, Festival Hors Limites, Bobigny; Lieu d'art La Halle de Pont-en-Royans; Nouveau Festival du Centre Pompidou / La projection met en résonance la lecture que donne Annie Zadek de son texte avec des images de la série Invent'Arisiert d'Arno Gisinger. Captation lors du Festival Hors Limites des bibliothèques en Seine St Denis, le 25 avril 2013. Programme de résidences d'écrivains de la Région Ile de France : http://remue.net/spip.php?article5902


carré jaune Théâtre

Hubert Colas, mise en scène et scénographie, 2014-2016, avec : Bénédicte Le Lamer, Thierry Raynaud / Assistanat mise en scène : Sophie Nardone et Yuval Rozman / Lumières : Hubert Colas et Fabien Sanchez / Son : Frédéric Viénot / Musique : Oh ! Tiger Mountain / Vidéo : Dispositif : Hubert Colas / Images : Patrick Laffont / Costumes : Fred Cambier assisté de Jérémy Fouqué / Coach Vocal : Marie-Françoise Lefort / Construction du décor : Atelier Décor de humainTROPhumain - CDN de Montpellier / Réalisation vidéo : Christian Vialaret /
Production : Diphtong Cie / Coproduction : La Bâtie-Festival de Genève, Théâtre Garonne (Toulouse) et Théâtres Sorano / Jules Julien (Toulouse) / Avec le soutien du Carreau du Temple - établissement de la Ville de Paris, de la Ménagerie de Verre dans le cadre du Studiolab (Paris), de montévidéo - centre de créations contemporaines (Marseille), du Théâtre Joliette-Minoterie (Marseille), du Théâtre d’Arles et de Humain trop Humain - Centre Dramatique National de Montpellier / Créé les 1er et 2 septembre 2014 à La Bâtie-Festival de Genève / Dernières représentations : mai-juin 2016 Théâtre de la Colline, Paris

carré jaune Extractions de la mise en scène d'Hubert Colas

lien vers les extractions de la mise en scène d'Hubert Colas


carré jaune Critique théâtrale

[...] Un cube aux parois de verre et au sol grillagé est posé au centre du plateau. Les deux acteurs, Bénédicte Le Lamer et Thierry Raynaud en surgissent et le quittent pour venir en avant-scène. D’un geste, l’un deux fait stopper la musique et détache lentement les mots : « C’était en quelle année déjà ? » C’est la première des 524 questions qui constituent le corps du texte d’Annie Zadek, « Nécessaire et urgent », autant de questions, dit-elle, que je n’ai pas posées aux miens, sur eux et sur leur exil de la Pologne, lorsqu’ils en sont partis en 1937 et, comme cette génération de Juifs polonais et communistes, ils sont arrivés en France. » Questions d’ordre pratique qui cherchent à ancrer dans le réel les signes et indices de l’inévitable et du récit impossible, quand le pire s’est produit, aux générations futures. [...] Des questions qui restent souvent sans réponse dans les familles de survivants et qui ajoutent, à la douleur du deuil sans sépulture, celle du deuil de morts sans traces, rendus anonymes, innombrables, insituables. Insoutenable mise en abyme d’une destruction de masse qui, dans la mise en scène d’Hubert Colas, se dit à deux, génère un devenir commun où la parole se partage à travers la succession de questions et qui, dans le dernier chapitre, se tourne vers le présent. Ce temps qui est celui qui importe le plus à l’auteur, porte ouverte sur l’à-venir. On songe bien sûr au « Livre des questions » d’Edmond Jabès : « Quelle est l’histoire de ce livre ? La prise de conscience d’un cri. » Fabienne Arvers, Les Inrockuptibles, 3 décembre 2014

[...] Annie Zadek pose immédiatement sur scène non pas le témoin du crime mais le témoin du témoignage, le fils ou la fille du survivant, la petite-fille ou le petit-fils d’une victime, ou la génération suivante qui a appris l’existence du génocide encore plus tard et qui peut n’avoir eu aucune perte dans sa famille : le cercle des témoins du témoignage s’élargit sans cesse. Ce déplacement a une portée historique. La catastrophe de l’Histoire, de telle sorte que sa réalité demande des décennies pour parvenir à un peu de visibilité, tend à écraser les générations suivantes. Celles et ceux qui sont nés après 1950 sont en droit, avec la connaissance du génocide, d’exister dans leur propre historicité, c’est-à-dire d’assumer une créativité de l’histoire qui s’émancipe du poids du témoignage. [...] Une sobriété apparente, mais surtout une sorte de colère contenue, teinté ponctuellement d’une quasi véhémence silencieuse, tel est le jeu, en nuance et efficace, des deux comédiens : Bénédicte Le Lamer et Thierry Raynaud, admirables. Jean-Jacques Delfour, Médiapart, 11 décembre 2014

[...] Il y a donc des questions que l’enfant n’a pas posées ; soit il n’y pensait pas quand ses parents étaient encore auprès de lui, soit il n’osait pas. Nécessaire et urgent d’Annie Zadek revient sur ces interrogations restées sans réponses. Dans la mise en scène remarquable de justesse, d’équilibre et de sobriété qu’en donne Hubert Colas, un doute s’instaure de prime abord sur l’identité de ceux à qui s’adressent ces séries de phrases interrogatives. La position même du spectateur y est remise en cause dans la mesure où, malgré lui, faisant face aux comédiens Bénédicte Le Lamer et Thierry Raynaud, dont il distingue difficilement les traits car ils sont plongés dans une semi pénombre que troue un filet de lumière dirigé vers la salle, il assume en quelque sorte le rôle du destinataire. L’impact de ces questions est d’autant plus fort qu’elles s’adressent à des morts. Or, bien qu’ils soient absents, on a encore beaucoup de choses à dire aux disparus ; on les porte en nous, ils sont désormais partie intégrante de notre vie intérieure. [...] Et l’on ressent, au cours de la représentation, à quel point et quelle force Annie Zadek ouvre un chantier gigantesque qui, au-delà de la sphère intime, atteint une dimension qui engage chacun de nous. Hugues Le Tanneur, Libération, 20 avril 2015

[...] En inventant cette forme incisive – à la fois supplice, questionnaire policier et QCM – Annie Zadek dit avoir eu l’impression d’écrire un manuel pour séances de spiritisme : l’écrivain n’est-il pas celui qui « fait parler les morts » ? Le metteur en scène Hubert Colas partage l’urgence poétique de ce geste et donne corps au questionnement de l’histoire vécue. Dans sa radicalité, sa minimalité, ce texte lui semble apostropher notre monde : qu’est-ce qui fait qu’on reste ou qu’on part, que certains choisissent de se séparer de ceux qu’ils aiment, qu’un étranger s’intègre ou non dans une population ? Deux acteurs, dans un dispositif scénique sobre et puissant, lancent ces appels aux fantômes. Par leurs voix, leurs corps, leur écoute, ils rendent leur silence à notre présent. Anne-Françoise Benhamou, programme de la saison 2015 / 2016 du Théâtre de la Colline.

En une vingtaine de pages d’une écriture sidérante, rédigées exclusivement sous la forme de 524 questions posées à la manière d’un interrogatoire de police ou de frontière, Annie Zadek explore les méandres de la mémoire en quête du passé et d’une identité. Mémoire et identité des générations issues de l’immigration, aux racines dont, longtemps, elles ne se sont pas souciées. [...] Ponctuée de projections de photographies et d’images d’archives, la mise en scène d’Hubert Colas est d’une justesse parfaite. Rigoureuse dans son minimalisme, délicate dans son épure. Dans l’espace intemporel et irréel du plateau, le texte résonne comme un chant profond. Deux acteurs lui donnent leur chair, et en même temps qu’ils en font sourdre toutes les hésitations, les non-dits, voire les contradictions et les errements des souvenirs réveillés, reconstruits, ainsi que les vieilles – ou nouvelles – peurs, et les incertitudes qui les accompagnent. [...] Une heure d’intense émotion, en osmose totale avec Annie Zadek : « Quand allons-nous prendre toute la mesure de la contamination du présent par ce traumatisme majeur survenu dans notre passé ? De son infiltration dans notre langage, notre mémoire, notre corps, nos rêves, nos paysages, jusqu’à aujourd’hui et, vraisemblablement demain ? » La Croix 17/05/2016, Didier Méreuze

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• Bazar Éditions, Paris, avril 2013
• Réédition Les Solitaires Intempestifs, Besançon, 2016
Mise à jour le 19.12.2017 © 2017 Juliette Gourlat
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