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Douleur au membre fantôme (figures de Woyzeck)

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Dès son titre, Douleur au membre fantôme (Figures de Woyzeck) affirme sa filiation avec la célèbre pièce du dramaturge Georges Büchner, ainsi que mon intention d'en poursuivre les interrogations sur le meurtrier, la victime, la culpabilité, la responsabilité, la banalité du mal antisémite, la trivialité des violences faites aux femmes; ceci dans la continuité psychologique scrupuleuse des personnages d'origine, mais aussi à la lumière noire des événements exactement contemporains de sa rédaction [2] et sous les auspices desquels s'ouvrit ce troisième millénaire :
- mars 2001 : destruction des Bouddhas de Bâmiyan;
- 2-9 septembre 2001 : explosion de haine judéophobe à la Conférence Mondiale contre le racisme de Durban;
- 11 septembre 2001 : attentats contre les Twin Towers de New York;
- novembre 2001 : mort de ma mère en Israël;
- multiplication des agressions antisémites et des profanations de cimetières juifs en France;
- instauration d'un nouvel ordre moral et idéologique via la
novlangue du consensuellement correct ;
- meurtre de Marie Trintignant (août 2003).

Dans la pièce de Büchner, Woyzeck tue Marie, sa concubine, parce qu'elle l'a trompé... Ce "parce que" m'était alors apparu d'une insupportable obscénité, tout autant que les interprétations tendant généralement à l'exonérer de son meurtre : un peu bizarre, illuminé (il voit des Francs-maçons partout...), instrumentalisé et moqué par ses supérieurs, rossé par l'amant de sa femme, Le Pauvre soldat Woyzeck ne possède rien d'autre que Marie et leur enfant... Pour témoigner à charge contre l'obscénité de ce" parce que" dans ce qui se proposait alors comme une suite et fin de la pièce de Büchner, s'imposaient à moi ces questions : comment traiter le personnage du meurtrier Woyzeck, coupable en même temps qu'irresponsable et comment faire parler les victimes, les victimes absolues, les disparus ?

Ce témoignage à charge violemment iconoclaste a sans doute valu à Douleur au membre fantôme (Figures de Woyzeck) de n'être représenté que quatre fois...

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• Les Solitaires intempestifs, 2004
• "Phantom-Schmerz", Jutta Legueil Verlag, Stuttgart 2010. Traduction : Silvia Berruti-Ronelt

 

 

 

 

 

 


"Pissons encore un coup en croix afin de faire mourir un Juif" clame le Premier Artisan à la fin de son discours révolutionnaire. Quant au personnage du colporteur Juif – mon trisaïeul d'Europe centrale, toujours entre deux pogromes – il vend, en toute connaissance de cause, l'arme de son crime à Woyzeck. Il est intéressant de noter que ce dernier personnage a disparu de l'opéra d'Alban Berg.

 

À la fois fade et dissolvant, cet idiome "citoyen" reste à étudier comme le fit Victor Klemperer pour ce qu'il nomma la Lingua Tertii Imperii, la Langue du Troisième Reich.

 


Les récentes représentations journalistiques de la Figure - impertubablement séduisante - du Meurtrier par Amour induiraient bien plutôt une suite sans fin de cette obscénité...

 

 

 

 

Mise à jour le 30.04.2018 © 2017 Juliette Gourlat
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